Un financement de 45 millions d’euros accordé aux IHU, sous conditions
Philippe Baptiste à l'Institut du Cerveau, le vendredi 18 septembre 2026
À l’occasion d’un déplacement à l’Institut du Cerveau, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a annoncé un soutien de 45 millions d’euros sur trois ans aux six premiers instituts hospitalo-universitaires (IHU). Aux côtés de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, et de Sébastien Martin, ministre de l’Industrie, il a également présenté une nouvelle feuille de route pour renforcer l’attractivité de la recherche clinique française et accélérer l’accès des patients aux innovations thérapeutiques.
45 millions d’euros pour pérenniser les premiers IHU
Quinze ans après leur création, les six premiers instituts hospitalo-universitaires (IHU) vont bénéficier d’un nouveau soutien de l’État. Lors d’un déplacement à l’Institut du Cerveau, Philippe Baptiste a annoncé « un soutien global de 45 millions d’euros sur trois ans pour l’ensemble des IHU de la première vague », financé dans le cadre de France 2030. Cette décision intervient à l’issue de l’évaluation du dispositif (Hcéres). Le financement s’accompagnera néanmoins d’exigences. « Certains IHU doivent encore atteindre leur pleine maturité », a souligné Philippe Baptiste, évoquant également les crises traversées par certains établissements. Le ministre a notamment salué le renforcement de leurs gouvernances, la consolidation des règles éthiques et l’amélioration de leur gestion financière. Pour ces instituts, la poursuite du soutien sera conditionnée à l’atteinte des objectifs fixés.
Malgré un « contexte budgétaire contraint », Philippe Baptiste entend ainsi maintenir le soutien à la recherche biomédicale. « L’excellence scientifique en matière de recherche biomédicale doit se traduire aussi par des innovations vraiment concrètes pour les patients », a-t-il insisté. L’Institut du Cerveau illustre, selon lui, le potentiel de ce modèle. En effet, l’établissement revendique 29 équipes de recherche, plus de 1 100 collaborateurs, 61 brevets actifs et plus de 100 start-up incubées depuis sa création. Son budget annuel atteint 104 millions d’euros, dont 32 % proviennent de la collecte de fonds et 24 % de contrats de recherche compétitifs. Pour Philippe Baptiste, l’enjeu est désormais de renforcer le continuum « entre la recherche la plus fondamentale jusqu’aux patients, en passant évidemment par la recherche clinique et l’innovation industrielle ».
La DRIN, nouvelle structure de coordination de la recherche en santé
Philippe Baptiste a également présenté les ambitions de la nouvelle Direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé (DRIN), dont la directrice générale, Lisa Alter, a pris ses fonctions quelques jours auparavant. « La DRIN a une mission stratégique et cardinale : mieux définir et mieux porter nos priorités de recherche en santé », a expliqué le ministre. Vieillissement, maladies chroniques, prévention, mais aussi besoins d’innovation des secteurs public et privé figurent parmi ses priorités. Cette nouvelle direction travaillera aux côtés des ministères chargés de la Recherche et de l’Industrie avec un deux objectifs : renforcer l’attractivité de la France et permettre aux patients d’accéder plus rapidement aux innovations.
La ministre de la santé Stéphanie Rist a rappelé que près de 5 milliards d’euros avaient été investis depuis 2021 dans le cadre du plan Innovation Santé 2030. Malgré ces moyens, elle reconnaît que des obstacles persistent : « Notre retard relatif n’est pas le résultat d’une inaction. Il tient à une transformation encore trop lente de nos processus et à une coordination qui doit être améliorée. »
Six axes pour accélérer les essais cliniques
Selon les chiffres présentés par Sébastien Martin, la France représente désormais 5 % des essais cliniques commerciaux mondiaux, contre 6,5 % dix ans auparavant. Le délai moyen d’autorisation d’un nouvel essai atteindrait 117 jours en France, contre 62 jours en Allemagne. « Si nous voulons que les patients français bénéficient rapidement des innovations, nous devons faire de la France un pays où les industriels et les chercheurs ont envie de conduire leurs essais », a insisté Stéphanie Rist.
Le premier axe du plan vise à accélérer les procédures réglementaires. Le guichet innovation et orientation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sera renforcé, tandis que le dispositif national de fast-track pour les essais précoces, actuellement en phase pilote, pourrait être étendu. Un premier bilan de l’ANSM expose actuellement 19 candidatures depuis mars 2026 et de neuf essais autorisés en 40 jours, malgré des demandes de précisions, contre des délais habituels de 80 à 110 jours. Le dispositif vise une autorisation en 14 jours pour certains essais, en l’absence de questions réglementaires.
Le deuxième axe concerne la contractualisation entre industriels et établissements hospitaliers. « La procédure est désormais généralisée, mais les délais de contractualisation restent trop longs et trop variables », a constaté Stéphanie Rist. Des mécanismes incitatifs liés au respect des délais de la convention unique industrielle doivent ainsi être élaborés.
Le gouvernement souhaite également accélérer l’inclusion des patients grâce à une meilleure information, à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour identifier les personnes potentiellement éligibles et à la simplification des démarches pour les patients éloignés des centres investigateurs.
Les trois derniers axes portent sur la facilitation de l’accès aux données et aux échantillons biologiques, le développement de nouvelles méthodologies de recherche clinique et l’amélioration du pilotage national. « Les données du réel et les données synthétiques produites par l’intelligence artificielle peuvent compléter les essais classiques. Dans certaines situations, quand les essais cliniques ne sont pas réalisables, elles peuvent offrir de nouvelles possibilités », a précisé Stéphanie Rist, soulignant la nécessité de les évaluer dans un cadre scientifique rigoureux.
Un outil numérique de suivi des performances et un portail international destiné aux industriels et aux promoteurs, actuellement en phase pilote, doivent également renforcer la visibilité de la recherche clinique française. Enfin, la ministre a annoncé qu’elle demanderait à la DRIN de travailler à l’optimisation du Programme hospitalier de recherche clinique (PHRC), en lien avec le ministère chargé de la Recherche. « Ce plan n’est pas une déclaration d’intention. Il est déjà en action », a conclu Philippe Baptiste. Reste néanmoins à préciser le calendrier de déploiement de plusieurs mesures, notamment les mécanismes incitatifs destinés aux hôpitaux et l’éventuelle extension du fast-track national.